" La politique est la science de la liberté ", Proudhon
« Cher camarade »,
Tu viens de signer une alliance avec Hervé Chevreau, maire sortant. Or, il me souvient de ta leçon sur Jules Guesde, à
l’Espace Lumière, en janvier 2004, quelques mois avant les cantonales. Tu me demandais de choisir « ton » camp : la gauche ; ajoutant même ceci : « jamais je ne
voterai à droite ! ». Et tu accompagnas cette affirmation d’une solide référence : « la famille Méry a de très vieilles racines socialistes, qui remontent à Guesde ». En regard de
ton évolution actuelle, comment ne pas rappeler le diction : il ne faut pas dire : fontaine, jamais je ne
boirai de ton eau.
Pour Aristote, une péripétie est une action au cours de laquelle l’acte se
retourne contre sa propre visée. Et sache-le, « cher camarade » : seul le temps révèle la force ou donne de la faiblesse aux paroles et aux actes. Un exemple récent. Contre toute
attente, douze ans après avoir « choisi » Bruno Le Roux, Gilbert Bonnemaison vient de
procéder à la critique radicale de son successeur.
Te concernant, ce qui me frappa cette nuit-là, ce n’était pas tant ton allure inquisitrice que la référence historique qui
me conduisit à m’interroger sur la validité de ton enracinement à gauche. Car, l’une des grandes leçons à tirer de la vie de Guesde, c’est qu’il fera ce que tu fais actuellement. Tu as débuté,
comme lui, et tu finis comme lui.
Mais sais-tu vraiment, « cher camarade », qui est Jules Basile Guesde ? De deux choses l’une. Soit tu ne sais
pas grand-chose de lui et ta référence était purement anecdotique ou légèrement convenue. Soit tu sais le trajet de sa vie publique et, dans ce cas de figure, tu tentais des effets de manche.
Basile Guesde (alias Jules, 1845 - 1922), marxiste (1879 : création d’un parti ouvrier) triomphera au congrès d’Amsterdam (1904). À la différence de Jaurès ou Millerand, il était hostile,
par principe et par doctrine, aux partis bourgeois. Pourtant, en 1914, il acceptera d’être ministre d’État. Verdi eût dit : c’est la force du
destin ! À l’instar de Jules Basile Guesde, tu viens d’abandonner tes convictions, pour rejoindre Hervé Chevreau et les deux droites qui l’accompagnent : l’UMP et le Front
National, sur la base d’un accord politique. Je le répète, d’un accord politique. Je ne m’en étonne guère, me rappelant notre dernière discussion au
tabac de la rue de Marseille.
Certes, tu m’objecteras qu’en 2001 j’ai appelé les Spinassien(ne)s à battre B. Le Roux. Et comment ? Je te répondrai,
d’un quadruple point de vue. Premièrement, en 2001, je n’étais plus membre du Parti Socialiste, depuis mai 1995. Et tu en connais les motifs. Par suite, aucun engament éthique et politique
ne me liait. Or, ce n’est pas ton cas. Jusqu’à plus ample informé, tu as deux mandats importants du Parti Socialiste, auquel tu dois tout. Moi, je ne dois rien au Parti Socialiste, sinon une très
grande partie de « mes problèmes et difficultés ». Je suis ressorti des municipales de 2001, avec une très lourde dette personnelle, parce que, à la différence de tous les acteurs
politiques locaux, je finance moi-même (fonds propres) mes activités politiques. J’ai dû travailler trois ans en Mairie pour rembourser mes dettes. Deuxièmement, en mars 2001, je conduisais une
liste de gauche d’intérêt local créditée de plus de 18 % d’intentions de vote, quand sur la base de « machinations » en sous-Préfecture », Bruno le Roux et Yannick Trigance ont
réussi à ce qu’elle ne soit pas enregistrée. J’en avais ouvertement informé par lettre les Spinassien(ne)s qui, sur ma demande, les ont sanctionné. Il
ne s’agissait pour moi de faire gagner Hervé Chevreau mais de donner le coup de grâce à cette gauche locale, qui n’avait et n’aura jamais rien de gauche. Comme Gilbert Bonnemaison, je puis
dire : « je ne regrette rien ». Et si jamais, il leur prenait (eux ou d’autres) de refaire des « machinations », je rééditerai mon « exploit », avec plus
d’expertise. Ma démarche était donc légitime et fondé en raison comme en droit. Troisièmement, les Spinassien(ne)s m’ont suivi, parce qu’ils refusaient cet attentat à la démocratie et
restaient profondément révolté par la gestion municipale de B. Le Roux, Y. Trigance et Stéphane Pellet. Ainsi, Hervé Chevreau a-t-il été élu. Il me doit tout, au plan politique. Mais cette fois,
instruits de ce qu’il est véritablement, c’est-à-dire le plus anti-social de tous les maires d’Épinay depuis plus d’un siècle, le plus injuste envers les élus de son bord, le plus discriminant
vis-à-vis des agents municipaux, les Spinassien(ne)s, dans leur majorité, ne suivront aucune consigne de vote en sa faveur. Quatrièmement, en faisant battre Bruno Le Roux, j’avais pris sur moi la
responsabilité de créer les conditions politiques pour la formation d’une nouvelle gauche locale. Ni toi, ni les Verts & Alternatifs, ni les Communistes n’en n’ont eu le courage. La
difficulté demeure : les socialistes n’ont plus Bruno Le Roux, mais, pire encore, son plus mauvais sous-produit : Yannick Trigance. Les Spinassien(ne)s ne sont pas dupes sur cette
prétendue « Gauche rassemblée » qui a si mal géré la ville de 1995 à 2001. Elle ne reprendra plus les mêmes.
Vois-tu « cher camarade », tu commets une nouvelle erreur d’analyse, en estimant que H. Chevreau, avec ton concours,
sera réélu. Remémore-toi notre dernière discussion, où tu croyais que B. Le Roux serait battu à plate couture par Brigitte Espinasse. Que t’avais-je dit ? Me trompé-je ? Et lorsque, en
présence de J.-M. Genestier, j’ai dit à Hervé Chevreau que tu le battrais au second tour des cantonales, en dépit des résultats du premier tour qui t’étaient si défavorables, il ne m’a pas cru.
Il a vu !
Alors, reprends-toi ! Il est encore temps. Ne favorise pas, un tant un soit peu les illusions de Hervé Chevreau, qui
ne s’est entendu avec personne. Ni avec Michèle Dagniaux (sa première adjointe), ni avec Denis Redon (son adjoint), ni Jean-Michel Genestier (son Directeur de Cabinet) qui lui a pourtant appris
tout le « métier » de maire. Pourquoi s’entendrait-il avec toi ? Il doit même être convaincu que tu te retourneras contre lui, tôt ou tard. Rappelle-toi que, pour délit d’opinion,
il n’a pas ménagé certains agents territoriaux qui t’étaient proches et aujourd’hui dans un état de lourde dépression. Il est ainsi fait. Et ceux qui, mieux que nous, le connaissent
disent : il ne peut s’améliorer.
Au fond, ton « troc » est mauvais. En échange de ton soutien (qui ne changera rien), tu aurais eu la promesse
pour ton premier cercle d’avoir quatre postes : un maire adjoint, un conseiller municipal et deux postes administratifs. Défends autrement l’avenir de tes quatre mousquetaires. Car il n’est
pas dit que Yannick Trigance sera premier à gauche. Je laisse une porte ouverte. Quand tu le voudras, après le premier tour, je suis disposé à te recevoir, pour envisager l’avenir de la gauche
locale. Si tu as des oreilles pour entendre, que tu entendes !
Hervé Chevreau est minoritaire à droite. Il n’est maire que par les divisions au sein de la gauche que B. Le Roux et Y.
Trigance ont semé sur notre ville pendant plus de quinze ans. Ne te trompe pas, « cher camarade » : il ne s’agit pas de faire perdre Yannick Trigance (qui ne sera pas premier au
premier tour), en espérant faire gagner Hervé Chevreau. Mais, tout au contraire et à la fois, il s’agit de battre Hervé Chevreau tout en ne faisant pas gagner Yannick Trigance.
Et si, somme toute, ton alliance politique avec Hervé Chevreau était l’une des conditions mêmes de sa défaite ? Dans
ce cas, ne change pas, reste auprès de lui. Car, au fond, peut-être est-ce Mme Danièle Mitterrand qui a raison : Laurent Fabius et les fabusiens sont de droite. Alors, ton chemin vers Hervé
Chevreau serait ce qu’il y a de plus normal.